Les
tancats, ces barrages édifiés en chapelet le long des petits ruisseaux, étaient destinés à lutter contre l'érosion mécanique : stabilisation des versants, protection des terrasses de culture proches des thalwegs, récupération de limons de débordement sur les berges des surfaces planes créées en amont. Ils participaient en outre à la dérivation des eaux pour l'arrosage. Les effets directs sur l'hydrologie sont, eux, à l'état d'hypothèse.
Le remodelage du profil en long des ruisseaux en une série de sections planes, provoque évidemment l'allongement des montées de crue. Toutefois les aménagements étant concentrés dans la partie sommitale des petits bassins versants, sur des sections longues de moins de deux kilomètres, les répercussions sur les écoulements du Gardon doivent être limitées.
En été, les cours d'eau ont des débits très faibles. La sécheresse a été particulièrement prononcée en 2003 et en 2005. Sur le Valescure aval (bassin de 0,93 km2), les hydrogrammes situent le débit journalier minimal le 18 septembre (0,29 l/s) en 2003 et le 27 août (0,24 l/s) en 2005. Les débits d'étiage ont été plus élevés en 2004 : minimum journalier de 1,74 l/s le 9 septembre. Les écoulements varient, au cours de la journée. On notera du reste qu'en fonction de l'évaporation, des prélèvements d'eau par la ripisylve, des sous-écoulements et d'éventuelles infiltrations profondes, les débits d'étiage n'augmentent pas toujours de l'amont vers l'aval. À l'échelle du bassin versant du Gardon de Saint-Jean, la Vallée Obscure semble relativement sensible à la sécheresse : le 26 août 2005, des jaugeages immédiatement en amont de la confluence ont donné des débits spécifiques de 0,32 l/s/km2 sur le ruisseau de Valescure et de 1,0 l/s/km2 sur le Gardon.
Les sédiments accumulés derrière les tancats, ont un volume de l'ordre de 20000 m3. La quantité d'eau disponible pour un écoulement contenue dans ces sédiments lorsqu'ils sont saturés, approche donc tout au plus 11000 m3. Rapportée à la superficie du bassin versant, cette valeur représente une lame d'eau inférieure à 3 mm.
L'influence des tancats sur les débits d'étiage a néanmoins fait l'objet d'un examen attentif : interprétation des hydrogrammes, traçages au chlorure de sodium (avec injection en amont des dépôts de sédiments et suivi au conductimètre des sorties de sel à l'aval des barrages), campagnes de jaugeages.
Plusieurs indices témoignent en faveur d'une régulation des débits par ces ouvrages :
- Lors des étiages sévères, l'augmentation du débit du ruisseau de Valescure aval reste sensible pendant une dizaine de jours après chaque petite pluie.
- Sur le Valescure amont, l'épisode du 11 août 2005 (Fig. 13), montre d'abord une réponse modeste, mais rapide, liée à des écoulements provenant de secteurs proches de la station. L'augmentation de débit qui se produit ensuite, s'explique par des écoulements retardés, certainement contrôlés par le grand tancat situé un peu en amont de la station.
Figure 13. Épisode du 11 août 2005 sur le Valescure amont: débits instantanés (Qi) et précipitations journalières sur le bassin cumulées depuis le 1er juillet (Pjc).
Le rôle des
tancats était certainement jadis plus efficace en étiage estival : les fonds de vallon étant régulièrement défrichés, les eaux transitant dans les dépôts se trouvaient protégées de l'évapotranspiration. Les opérations de forestage réalisées en 2004 pour la restauration des ouvrages du vallon des Abrits, ont d'ailleurs entraîné le maintien d'un faible écoulement sur un ruisseau qui s'asséchait auparavant en été. De plus, quand les versants étaient exploités, la faible densité de leur couvert végétal favorisait aussi des écoulements estivaux plus abondants.
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