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TERRISC

RECUPERACIÓN DE PAISAJES DE TERRAZAS
Y PREVENCIÓN DE RIESGOS NATURALES
Les terrasses cévenoles: introduction géographique et historique

Ligne de partage des eaux entre l'Atlantique et la Méditerranée, les Cévennes proprement dites (ou "la Cévenne") forment la bordure sud-orientale du Massif Central français, entre la vallée de l'Arre au sud et celle du Chassezac au nord (Fig. 1 – cf. P. JOUTARD, 1979, ou A. RIVIÈRE-HONNEGER, 1995). Toutefois le sud des Cévennes vivaraises, immédiatement au nord du Chassezac, présente des caractères très voisins.

Constituées de roches cristallines, métamorphiques et granitiques, les Cévennes culminent à 1700 m d'altitude au Mont-Lozère. Le relief est intensément disséqué, l'enfoncement du réseau hydrographique ayant façonné une multitude de crêtes allongées, ou serres. Sur des pentes très fortes, qui ont subi une intense érosion, les formations superficielles sont généralement peu épaisses et les affleurements rocheux sont fréquents.

Les précipitations annuelles moyennes sont partout supérieures à 1000 mm, et même le plus souvent à 1500 mm, ce qui confère au climat un caractère méditerranéen très humide. Dans les secteurs les plus élevés (Mont-Lozère, Mont-Aigoual), les influences montagnardes se traduisent notamment par des précipitations plus fortes (2000 mm/an en moyenne), dont une partie se produisent sous forme neigeuse. Mais l'un des traits essentiels du climat cévenol réside dans la concentration de précipitations très abondantes en quelques jours, en particulier en automne. Lors de ces épisodes, qualifiés de "cévenols", il arrive que les pluies journalières dépassent 400 mm.

Milieu difficile, les Cévennes n'en ont pas moins été occupées par l'homme dès la Préhistoire. De premiers grands déboisements ont été réalisés au IXème siècle. À côté de l'élevage, essentiellement ovin, qui a donné lieu à de grandes transhumances jusqu'au milieu du XXème siècle, l'économie a longtemps été dominée par la culture du châtaignier. Au XVIIIème siècle, la culture du mûrier a pris une place importante comme support de l'industrie de la soie. L'exploitation des mines de charbon (Alès, la Grand-Combe), complétée par des emplois industriels, a donné une nouveau visage à l'économie au XIXème siècle.

Ces évolutions successives ne se sont pas réalisées sans de graves crises. La plus dramatique fut celle de la révocation de l'Édit de Nantes et la guerre des Camisards dont l'empreinte sur les esprits est encore sensible. Mais la déprise rurale à la fin du XIXème siècle, comme l'arrêt des activités minières à la fin du XXème siècle, constituent aussi des événements majeurs de l'histoire des Cévennes.

Selon P. BLANCHEMANCHE (1986), les Cévennes n'ont été exploitées à grande échelle qu'après le Moyen-Âge. Le XVIème siècle aurait connu les premiers aménagements systématiques des versants en terrasses. Une forte croissance démographique oblige alors à défricher et à gagner des terres cultivables. C'est l'époque de la grande expansion de la châtaigneraie. La construction de terrasses et de systèmes hydrauliques s'est ensuite poursuivie sans discontinuer jusque dans la première moitié du XIXème siècle, avec une seconde période d'intense activité au XVIIIème siècle, lors du développement de la culture du mûrier.

Toutefois la plupart des terrasses actuellement visibles en Cévennes dateraient des XVIIIème et XIXème siècles, du moins pour leurs derniers remaniements. Ces aménagements correspondraient à la fin des plantations de mûriers (P. BLANCHEMANCHE, 1986).

Les systèmes de terrasses sont étroitement associés à l'habitat. Même s'il existe des villages importants, l'habitat cévenol apparaît essentiellement dispersé, sous forme de hameaux (Photo 1), ou sous forme de fermes isolées, les mas (Photo 2).

Les belles terrasses (Photo 3), pour les cultures, les jardins et les prairies, sont proches des habitations.

Dès le milieu du XIXème siècle, l'exode rural devient important, mais il ne se traduit pas encore par une diminution de population (R. LAMORISSE, 1975). La déprise rurale s'amorce véritablement au milieu du siècle, en liaison avec le déclin de l'activité séricicole. D'abord menacée par la maladie de la pébrine, qui s'attaque aux vers à soie, et à laquelle L. PASTEUR et B. DUMAS apporteront finalement une solution, elle sera condamnée par l'ouverture du canal de Suez en 1869, le marché français étant livré à la concurrence des soieries orientales. Dans le même temps, la maladie de l'encre ravage les châtaigneraies.

La déprise rurale s'est accompagnée d'une fermeture du couvert végétal. Sur le Mont-Aigoual et sur le Mont-Lozère, les plantations de résineux pour la restauration des terrains de montagne (RTM) ont favorisé une rapide progression de la forêt. Ailleurs, la fermeture du milieu s'est effectuée surtout par revégétalisation naturelle (Photo 4). Elle laisse malheureusement une large place à des essences très combustibles, qu'il s'agisse des plantes du maquis ou qu'il s'agisse du pin maritime (Photo 4), lequel s'est étendu à partir des plantations réalisées au XIXème siècle pour les besoins des mines de charbon.

Lorsque les terrasses sont à la fois solidement ancrées sur la roche en place et bien construites, les évolutions se révèlent encore limitées (Photo 6). En revanche, dans les conditions les plus fréquentes, on observe des effondrements de murs (Photo 7).

L'entretien des aménagements (murs des terrasses, fossés d'écoulement, rigoles d'irrigation) n'étant plus assuré, les ouvrages subissent une forte dégradation. La reforestation nuit beaucoup à leur conservation, dans un premier temps du fait de l'action des racines, plus tard à cause des travaux d'exploitation ou de la chute des arbres.

La faune sauvage, et tout particulièrement les sangliers qui retournent les pierres de faîtage pour chercher de la nourriture, participe également à la destruction des murettes.

Créé en 1970, le Parc national des Cévennes accompagne et soutient ce mouvement (D. LÉCUYER, 1999). Il joue un rôle actif dans la préservation des savoir-faire (Photo 9), dans la relance du marché de la pierre sèche, et dans les opérations de restauration (Photo 10). Un guide pratique pour l'édification ou la reconstruction des murs en pierre sèche (M. ROUVIÈRE, 2002) a été élaboré à partir des connaissances collectées par le Centre d'étude et de recherche sur l'architecture vernaculaire (CERAV).


























Figure 1 - Présentation des Cévennes. (réalisation : G. SILLÈRE) Figure 1 - Présentation des Cévennes. (réalisation : G. SILLÈRE)


Photo 1 - Hameau de l'Abric, près de l'Estréchure (Gard).
 (cliché : J.M. CASTEX) Photo 1 - Hameau de l'Abric, près de l'Estréchure (Gard).  (cliché : J.M. CASTEX)


Photo 2 - Mas et terrasses à Saint-Martial (Gard).
 (cliché : D. LÉCUYER) Photo 2 - Mas et terrasses à Saint-Martial (Gard).  (cliché : D. LÉCUYER)


Photo 3 - Terrasses à Saint-Martial (Gard).
 (cliché : D. LÉCUYER) Photo 3 - Terrasses à Saint-Martial (Gard).  (cliché : D. LÉCUYER)


Photo 4 - Terrasses colonisées par des chênes verts et des pins maritimes près de Soustelle (Gard). (cliché : J.M. CASTEX) Photo 4 - Terrasses colonisées par des chênes verts et des pins maritimes près de Soustelle (Gard). (cliché : J.M. CASTEX)


Photo 6 - Paysage de châtaigneraie envahie par le pin maritime
près de Peyrolles (Gard). (cliché : J. GRELU) Photo 6 - Paysage de châtaigneraie envahie par le pin maritime près de Peyrolles (Gard). (cliché : J. GRELU)


Photo 7 - Mur de terrasse en bon état près de Peyrolles (Gard). (cliché : J.M. CASTEX) Photo 7 - Mur de terrasse en bon état près de Peyrolles (Gard). (cliché : J.M. CASTEX)


Photo 8 - Mur effondré près de Peyrolles (Gard). (cliché : J.M. CASTEX) Photo 8 - Mur effondré près de Peyrolles (Gard). (cliché : J.M. CASTEX)


Photo 9 - Démonstration de montage d'un mur en pierre sèche.
 (cliché : D. LÉCUYER) Photo 9 - Démonstration de montage d'un mur en pierre sèche.  (cliché : D. LÉCUYER)


Photo 10 - Murs de terrasses réhabilités sur le site des
Calquières à Saint-Germain-de-Calberte (Lozère). (cliché : Chambre de métiers et d'artisanat de la Lozère, ABPS) Photo 10 - Murs de terrasses réhabilités sur le site des Calquières à Saint-Germain-de-Calberte (Lozère). (cliché : Chambre de métiers et d'artisanat de la Lozère, ABPS)